Appel a communications - Le travail domestique : actualites de la recherche

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Mis à jour :

Journee d’etudes organisee a l’ULB Campus Charleroi le 18 septembre 2026, co-organisee avec Lena Terrando (METICES-STRIGES). Conference inaugurale : Maud Simonet (CNRS - IDHES), directrice de recherche, specialiste des formes contemporaines d’invisibilisation du travail et du travail gratuit.

L’appel a communications est ouvert jusqu’au 4 mai 2026.


Argumentaire

Cuisiner, nettoyer, s’occuper des enfants ou des personnes agees : ces activites quotidiennes structurent des inegalites profondes. Elles produisent des arrangements asymetriques au sein des menages, mobilisent des travailleuses precaires – souvent migrantes – et concentrent des formes de pouvoir que leur apparence naturelle tend a rendre invisibles.

Le travail domestique se transforme pourtant. Les normes familiales evoluent, les modes de vie se diversifient, les services numeriques proposent de nouvelles formes d’externalisation. Mais les inegalites se reconfigurent plus qu’elles ne diminuent : qui profite des transformations technologiques ? Comment l’invisibilite persiste-t-elle malgre les changements sociaux ?

Cette journee reunit des recherches qui abordent le travail domestique dans ses dimensions genrees et intersectionnelles, son articulation avec le travail remunere, ses dynamiques affectives et emotionnelles, et les defis que pose sa mise en visibilite. Les contributions empiriques, theoriques et comparatives sont les bienvenues.

Axes de recherche

1. Genre, classe et migrations

Les femmes consacrent significativement plus de temps aux taches menageres et au soin des enfants et des personnes agees que les hommes, y compris lorsqu’elles occupent un emploi a temps plein. Ces arrangements persistent malgre les transformations du marche du travail et se complexifient a l’intersection de la classe et de la migration.

Les travailleuses domestiques migrantes occupent des positions particulierement precaires : exposition a l’exploitation, controle patronal intense, vulnerabilite juridique. Cette situation articule le genre, la classe et des hierarchies heritees du colonial, visibles dans l’assignation du travail de soin aux femmes de couleur et migrantes.

Nous accueillons les travaux qui analysent comment genre, classe et migration s’entrecroisent dans les arrangements domestiques ; comment les travailleuses migrantes font face a l’exploitation ; et quel role les Etats-providence jouent dans la protection – ou l’absence de protection – de ce travail.

2. Articulation travail remunere et responsabilites domestiques

L’acces au marche du travail n’a pas supprime le travail domestique : il s’y est ajoute. Les femmes reduisent plus souvent leurs heures de travail pour s’occuper des enfants, au prix de pertes salariales, de carrieres fragmentees et de droits a la retraite amputes. Meme lorsqu’un couple presente cette repartition comme un choix, ce choix s’opere dans un contexte ou les normes de genre, les ecarts salariaux et l’absence de services publics de garde orientent les femmes vers cette solution.

Des evolutions sont perceptibles du cote des peres. Mais comment ces changements normatifs se traduisent-ils en pratiques, sans simplement reproduire les memes inegalites sous de nouvelles formes ?

Nous recherchons des etudes empiriques sur la production des inegalites dans l’articulation travail-famille, les dispositifs publics qui facilitent ou bloquent une repartition plus egalitaire, et les negociations domestiques en contexte de precarite ou de migration.

3. Dimensions affectives, emotionnelles et intersectionnelles

Le travail domestique mobilise des emotions intenses : tendresse, frustration, culpabilite, attachement. Ces dimensions facon nent l’experience de celles et ceux qui travaillent au domicile ou pour des proches – et elles ne sont pas vecues de la meme maniere par toutes.

Les rapports de classe, de race, de statut legal, d’age et de handicap produisent des experiences radicalement differentes. Une femme cadre qui externalise son travail domestique a une travailleuse migrante precaire connait une liberation temporelle et emotionnelle. Celle qui fournit le service vit l’inverse : elle produit les soins et les emotions que l’autre refuse de prendre en charge.

Nous encourageons les travaux qui analysent comment emotions et intersections s’entrelacent dans le travail domestique – en contextes regionaux, nationaux ou transnationaux varies – et comment les mobilisations feministes articulent ces dimensions sans universaliser l’experience de certaines femmes au detriment des autres.

4. Rendre visible le travail domestique : methodes, ethique et politiques

Le travail domestique se deroule dans l’espace prive, est souvent naturalise et rarement conscientise comme du travail. Les methodes qualitatives permettent de reveler ce que les statistiques peinent a saisir : les temps partiels subis, les carrieres fragmentees, les arrangements negocies dans l’intimite.

Nous invitons des communications qui reflechissent aux strategies et aux innovations methodologiques que pose l’etude du domestique : comment garantir l’acces au domicile prive sans reproduire des hierarchies de genre ? Comment interroger un travail non conscientise comme tel ? Quels enjeux ethiques surgissent lorsqu’on documente l’intimite ou les violences domestiques ? Comment les outils numeriques transforment-ils notre capacite a mesurer ce travail ?

Les politiques publiques facon nent profondement ces arrangements. Conges parentaux, allocations familiales, aide a domicile subventionnee : ces dispositifs ne sont jamais neutres. Certains conges renforcent la naturalisation du travail feminin ; d’autres soutiennent des arrangements plus egalitaires. L’aide a domicile peut liberer certaines femmes du travail gratuit tout en reproduisant des chaines de care qui en exploitent d’autres.

Nous accueillons les etudes empiriques et comparatives qui interrogent ces tensions : qui profite reellement des politiques de conciliation travail-famille, qui en paie le cout, et comment les transformer pour reduire les inegalites plutot que les perpetuer ?

Modalites de soumission

Les propositions comprennent :

  • un titre
  • le nom des auteur.es avec affiliation et adresse electronique
  • un resume de 300 mots maximum
  • une note de 150 mots presentant le positionnement theorique, les terrains et les principaux resultats ou questions

Les communications durent 20 minutes. Les textes seront rassembles dans une publication.

Date limite : 4 mai 2026

Notification : 25 mai 2026

Contact : pierre.brasseur@ulb.be et lena.terrando@ulb.be

Comite d’organisation

Pierre Brasseur (METICES-TRANSFO-STRIGES, ULB) et Lena Terrando (METICES-STRIGES, ULB).

Comite scientifique

Meike Brodersen (METICES, ULB), Nathalie Burnay (TRANSITIONS, UNamur), Sylvie Carbonnelle (METICES, ULB), Annalisa Casini (IPSY/CIRTES, UCLouvain), Florence Degavre (IACCHOS/CIRTES, UCLouvain), Asuncion Fresnoza-Flot (LAMC, ULB), Chiara Giordano (GERME, ULB), Natalia Hirtz (GRESEA), Laetitia Melon (METICES, ULB), Leila Mouhib (REPI, ULB), Nathalie Zaccai-Reyners (GRAP, ULB).