Théorie du travail social
Cours de Master (5 ECTS), Université libre de Bruxelles, Master en sciences du travail (finalité Travail social), 2024
Cours de master centré sur la généalogie critique du travail social. Il retrace les transformations historiques du champ, de la vocation charitable à la professionnalisation, en les articulant avec les théories sociologiques de l’action collective, de l’État et des professions. Environ 280 étudiants. 3 heures par séance, 7 séances.
Structure du cours
Le cours est organisé en trois blocs :
Bloc 1 — Le paradoxe constitutif (séances 1-2)
Fondements théoriques et histoire longue du travail social.
Bloc 2 — Mutations et contrôle social (séances 3-5)
Professionnalisation, logiques disciplinaires, désaffiliation et question sociale.
Bloc 3 — Enjeux contemporains (séances 6-7)
Genre, intersectionnalité, managérialisation.
Séances
Séance 1 — Introduction et paradigmes contemporains
Le paradoxe constitutif : entre transformation sociale et adaptation des individus. Quatre approches théoriques (systémique, critique, empowerment/DPA, féministe-intersectionnelle). Réformes belges récentes (loi retour au travail 2025, réforme RIS cohabitants 2026).
Auteurs : IFSW (2014/2024), Bronfenbrenner, Castel, Freire, Sen, Le Bossé, Crenshaw, HCTS (2025).
Séance 2 — Émergence historique et fondements sociologiques
La genèse de la question sociale au XIXe siècle. Figures pionnières (Richmond, Addams, Hill). Institutionnalisation belge (1920-1922) : pilarisation et maternalisme. Comparaisons européennes.
Auteurs : Durkheim, Simmel, Richmond (1917), Zelis (2004, 2019), Esping-Andersen (1990), Foucart (2022).
Séance 3 — Professionnalisation et légitimation (1920-1960)
Le choc Flexner (1915). Le casework de Richmond. École de Chicago. Travail de groupe : Coyle vs Cardijn/JOC. Organisation communautaire.
Auteurs : Flexner (1915), Richmond (1917), Coyle (1947), Freire (1974), Dubar & Tripier (1998).
Séance 4 — La mutation du contrôle social en Belgique (1970-2000)
De la société disciplinaire à la gouvernementalité néolibérale. Foucault et l’architecture panoptique belge. Donzelot et le gouvernement des familles. Criminologie critique belge. Sociétés de contrôle (Deleuze) et État social actif.
Auteurs : Foucault (1975, 2004), Deleuze (1990), Donzelot (1977), Wacquant (1999), Cartuyvels, Mincke (2005).
Séance 5 — Désaffiliation et disqualification sociale (1980-2010)
Castel : zones d’intégration/vulnérabilité/assistance/désaffiliation. Paugam : fragilité/dépendance/rupture. Désindustrialisation wallonne. Du Minimex au RIS (2002). Transformation du métier d’AS dans les CPAS.
Données : 74 098 → 158 697 bénéficiaires du RI (2003-2023) ; taux de prématurité 7,35 % (communes riches) vs 8,75 % (communes pauvres) (Billiet et al. / Service lutte contre la pauvreté).
Auteurs : Castel (1995, 2003), Paugam (1991), Simmel (1908), Vrancken (2002, 2010).
Séance 6 — Genre et intersectionnalité dans le travail social
25,7 % des femmes actives en Belgique dans la santé/action sociale (IEFH 2023). Delphy et le féminisme matérialiste. Crenshaw (1989, 1991) et Collins & Bilge (2016). Applications belges : séjour conditionnel, violences conjugales, non-recours (>50 %, SPP IS 2021).
Données : 38 % des salariées wallonnes à temps partiel vs 12 % des hommes ; 11,3 % parce que l’emploi n’était offert qu’à temps partiel (IWEPS/EFT 2024).
Auteurs : Delphy (1970/1998), Crenshaw (1989, 1991), Collins & Bilge (2016), Nys (2018).
Séance 7 — Managérialisation et New Public Management
Hood (1991) et les indicateurs. Chauvière : la « chalandisation ». PIIS en Belgique (1,35 % de la population en 2023). Double injonction aide/contrôle. Burn-out dans le secteur social.
Données : DARES/Algava et al. (2014) : FPÉ 18 % → 26 % (2005-2013) ; Sommerfeld et al. (2021, FHNW/AvenirSocial, n=3 507) : 31,3 % à risque élevé d’épuisement, 55,6 % en Suisse romande.
Auteurs : Hood (1991), Chauvière (2007), Lipsky (1980), Belorgey (2010), Dubois (2012), Bezes & Demazière (2011), Farrell & Morris (2003).
Évaluation
Examen écrit en session. Questions à développement, au choix parmi cinq par séance. Les questions sont intégrées à chaque topo de cours.