Pierre Brasseur

Carnet · Notes de lecture

Note de lecture — Revillard, Des droits vulnérables (2020)

Le concept de droits vulnérables comme outil opérationnel pour le travail social.

Sommaire
  1. La thèse en deux phrases
  2. Pourquoi c'est précieux pour le travail social
  3. Limite (pour le contexte suisse)
  4. Pour le cours

Je relis ces jours-ci Des droits vulnérables d'Anne Revillard (Presses de Sciences Po, 2020), en vue de la séance probatoire et plus largement pour reconstruire mon cadre théorique du module « Handicap, autonomie et travail social ».

La thèse en deux phrases

« Les droits ne sont pas seulement ce que les textes disent, mais ce que les personnes parviennent à en faire. »

Cette formulation, qui revient comme un fil rouge dans l'ouvrage, déplace l'analyse du droit du handicap. L'enjeu n'est plus de savoir si tel droit est reconnu (il l'est) mais s'il est effectivement mobilisé. La réception du droit devient l'objet.

Pourquoi c'est précieux pour le travail social

L'apport de Revillard pour le travail social tient en quatre points.

Un. Elle déplace le centre de gravité analytique : de la production des lois (sociologie législative) à leur réception (sociologie des bénéficiaires). Or c'est précisément à la réception que le TS intervient.

Deux. Elle nomme le travail invisible des bénéficiaires : monter un dossier, comprendre un courrier, rassembler des preuves, tenir un délai de recours, supporter une visite médicale. Ce « travail des bénéficiaires » est un travail au sens fort — il prend du temps, de l'énergie, de la compétence sociale inégalement distribuée.

Trois. Elle articule récits de vie et politiques publiques. Les chapitres reposent sur des entretiens longs avec des personnes handicapées, lus à la lumière des réformes législatives qui structurent leur trajectoire. C'est cette articulation micro-macro qui rend l'ouvrage utilisable en formation.

Quatre. Elle ouvre une posture pour le TS : ni gestionnaire administratif, ni militant·e radicale, mais opérateur·trice de l'effectivité des droits. Posture argumentée, située, modeste — mais pas mince.

Limite (pour le contexte suisse)

L'ouvrage est centré sur la France et sur le dispositif MDPH. La transposition au contexte suisse — AI, LHand, LIPPI, plan cantonal CDPH genevois — demande des médiations.

Notamment :

  • Le système suisse répartit beaucoup plus les guichets entre fédéral, cantonal, communal, assurances sociales, organisations privées. Le « travail des bénéficiaires » suisse implique de circuler entre plus d'acteurs.
  • La contribution d'assistance AI (2012) introduit une dynamique cash-for-care que la MDPH française ne porte pas au même degré.
  • Les fondations privées (Ensemble, Aigues-Vertes, EPI, Clair Bois) constituent un échelon intermédiaire genevois qui n'a pas d'équivalent direct côté français.

Reste que la grille conceptuelle de Revillard tient.

Pour le cours

Je mobiliserai Revillard à trois reprises dans le module :

  • Séance 2 : pour la sociologie historique des droits.
  • Séance 4 (leçon probatoire) : pour articuler droits proclamés et droits effectifs autour de la contribution d'assistance.
  • Séance 10 : pour le « travail des bénéficiaires » dans les familles intersectionnelles (migration, classe).

Et probablement dans le travail intermédiaire (séance 7) comme grille d'analyse.


Référence : Revillard, A. (2020). Des droits vulnérables. Handicap, action publique et changement social. Paris : Presses de Sciences Po.

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